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Regards sur la droite N°44

Édito

Grandes et petites manœuvres à l’UMP

Les feux des médias ne sont pas suffisamment concentrés sur la droite. Cela serait pourtant bien instructif au moment où se joue la nécessité de l’effort de redressement du pays. Où est, en effet, l’expression de l’intérêt général ?

Tout ne se comprend que par l’attente du « retour » de Nicolas Sarkozy, pour ses rivaux comme pour ses partisans. Si Alain Juppé s’est déclaré si tôt – trois ans avant l’échéance… – candidat à la primaire de l’UMP, c’est pour tenter de dissuader Nicolas Sarkozy de passer en force, en rendant incontournable la tenue des élections pri- maires. Digue sans doute fragile. Car, il aurait été plus efficace de se porter candidat à la présidence du parti. L’annonce d’Alain Juppé rend ainsi difficile pour Nicolas Sarkozy de ne pas prendre l’UMP. Il y a aussi intérêt pour des raisons judiciaires… le patron du principal parti d’opposition présente un cas plus difficile.

Il est révélateur de voir comment ses partisans conçoivent ce retour. Ils jouent ex- plicitement la crise institutionnelle. Au-delà d’appels réitérés à la dissolution, le refus d’une cohabitation éventuelle est là pour marquer que le seul recours de la droite dans une crise prochaine, ne pourrait être que l’ancien président et… qu’il n’y aurait peut-être pas besoin d’une primaire. Cette radicalisation exprime bien l’état d’esprit d’une partie de l’UMP. Qu’importe le rôle qui doit être celui des institutions, mises en place pourtant par les gaullistes ! Car, Nicolas Sarkozy n’est pas réellement populaire, et il n’est pas assuré de pouvoir rassembler largement, alors qu’Alain Juppé a pris une option en ce sens, avec sans doute le soutien de François Bayrou.

Il y a là tout un jeu tactique loin des nécessités nationales. Il a l’avantage de camou- fler de fortes oppositions de lignes politiques sur des sujets essentiels. L’UMP n’a pas de programme de gouvernement. Nicolas Sarkozy veut palier cette insuffisance par la seule affirmation de sa personne. Préparons-nous donc à la radicalisation politique qui s’en suivra.

Alain BERGOUNIOUX

la Regards sur droite L’UMP face à ses vieux démons

L’UMP vit une rentrée sous haute tension dans la perspective de son échéance interne du 29 novembre prochain. Cette formation a connu un échec avéré lors des élections européennes du 25 mai, avec un score de 20 % et, surtout, une incapacité à définir un projet européen audible durant la campagne. Elle est confrontée depuis cette date à un gros problème de fonctionne- ment interne lié au développement de l’affaire Bygmalion et aux confidences télévisées d’un de ses principaux responsables. Il faut y ajouter les conséquences d’un Congrès raté, en novembre 2012, et des difficultés

redoute, selon les postures et trajectoires person- nelles, le retour à la vie publique active d’un homme du passé, Nicolas Sarkozy, pourtant lar- gement responsable de la situation politique et financière de l’UMP. Chacun conserve encore en mémoire, l’organisation du « Sarkoton », à l’été 2013, après l’invalidation des comptes de cam- pagne par le Conseil Constitutionnel présidé par Jean-Louis Debré, pour cause de dépassement du plafond de dépenses autorisées.

Dans le même temps, deux discours diamétrale- mentopposés

d’ordre financier, suite à une campagne prési- dentielle mal maîtrisée et à une gestion opaque, sous l’autorité de Jean- François Copé.

Les rivalités de personnes s’accumulent et les rancœurs s’additionnent. Les hésitations et les contradictions sur l’organisation d’éventuelles primaires pour désigner le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle de 2017 se confirment jour après jour.

continuent à être tenus sur l’Europe. L’un, avec Henri Guaino comme figure de proue, d’es- sence souverainiste. L’autre, sous l’autorité d’Alain Juppé d’inspira- tionlibéraleet désormais en décalage avec les pratiques mêmes du Président de la BCE, dans le domaine économique et moné- taire. Désolant pour un parti de gouvernement.

Une situation chao- tique. Son premier responsable a ainsi démissionné, poussé vers la sortie dès le 27 mai, dans un climat délétère et de défiance collective. Un triumvirat tente, depuis lors, de prendre les choses en main, composé de trois anciens Premiers ministres, en désaccord sur à peu près tous les sujets. L’un d’eux, déjà ministre en 1986, est candidat à la prochaine élection présidentielle.

Quant à François Fillon, il se mure dans un ultra- libéralisme sectaire, préconisant 100 milliards d’économies de dépenses publiques, soit 5 % du PIB, la remise en cause de toute durée légale du travail, et de l’ISF, la retraite à 65 ans, ce que même le MEDEF ne réclame plus. Cette politique plongerait le pays dans une déflation écono- mique et salariale dont il peinerait à se relever. La dénonciation de notre modèle social n’a pas de sens en cette période de crise économique, où seul un socle performant de protection sociale peut permettre d’éviter la catastrophe humaine et politique.

Une amnésie sélective. Pour autant, les princi- paux responsables de l’UMP continuent de donner des leçons de bonne gestion à la France entière. Ils oublient volontiers qu’en 10 ans, de 2002 à 2012, ils ont réussi le tour de force de doubler la dette cumulée du pays, celle-ci pas- sant de 900 milliards d’euros à 1 800 milliards.

Le parti est couvert de dettes, avec un bilan comptable négatif de l’ordre de 75 millions, soit l’équivalent de plusieurs exercices budgétaires annuels.

Les rivalités de personnes s’accumulent et les rancœurs s’additionnent. Les hésitations et les contradictions sur l’organisation d’éventuelles primaires pour désigner le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle de 2017 se confirment jour après jour. Cette situation paraît d’autant plus paradoxale que tous les acteurs du moment ont dénigré et décrié les primaires organisées par le PS, en 2011. Seul Nicolas Sarkozy semble être resté cohérent sur le sujet…et pour cause.

Dans ce contexte, chacun attend, espère ou

Ils négligent le fait qu’en une décennie, sous leur autorité, la France a perdu 750 000 emplois industriels. Ils occultent le fait qu’ils n’ont même pas été capables, depuis trois ans, de gérer cor- rectement leur propre organisation politique et que la gestion de leur groupe parlementaire à l’Assemblée nationale s’opère dans l’opacité la plus totale, et en tous les cas à l’insu de la plupart de ses membres.

cun projet pour le pays. Elle s’est toujours refusée à tout inventaire de son bilan. Elle n’a aucun nou- veau leader, se référant en permanence à des responsables du passé, qu’il s’agisse d’anciens Premiers ministres ou d’un ancien Président de la République.

Elle n’exprime aucune vision commune et homogène de l’Europe et se réfugie en perma-

Une vieille et dange- reuse ritournelle : « le pays légal contre le pays réel ». L’UMP poursuit, néanmoins, et avec virulence, son pro- cès en illégitimité contre la gauche au pouvoir. Elle n’a, en fait, jamais admis sa double défaite du printemps 2012. Elle a toujours vécu celle-ci comme une anomalie, pire comme un contre-sens. D’où les références de plus en plus insistantes, de la part de François Fillon, de Valérie Pécresse ou d’Henri Guaino, à la dissolution de l’Assemblée nationale, ou à des initiatives plébiscitaires, mais aussi les rodomontades contre le principe même de la cohabitation, pourtant théorisée par Edouard Balladur, dès 1983, comme si elle avait pris le parti d’une forme de coup d’éclat constitu- tionnel permanent. Cette famille politique est pourtant à l’origine de la constitution de la cin- quième République. Comme si, au demeurant, une élection virtuelle pouvait être gagnée d’avance, négligeant les leçons de l’élection anti- cipée de 1997. Dans une démocratie, désormais rythmée par le double quinquennat présidentiel et législatif, les échéances fixées doivent être res- pectées.

D’ailleurs, la droite UMP ne serait pas prête à gouverner. Certains de ses dirigeants l’admettent au détour d’une interview. Elle ne dispose d’au-

La droite UMP ne serait pas prête à gouverner. Certains de ses dirigeants l’admettent au détour d’une interview. Elle ne dispose d’aucun projet pour le pays. Elle s’est toujours refusée à tout inventaire de son bilan. Elle n’a aucun nouveau leader, se référant en permanence à des responsables du passé, qu’il s’agisse d’anciens Premiers ministres ou d’un ancien Président de la République.

nence dans des recettes ultralibérales sur le plan économique et social qui condamneraient le paysàlaruineetàla paupérisation du plus grand nombre, au moment où les institu- tions monétaires européennes s’efforcent enfin de conjurer le risque déflationniste.

L’UMP joue la stratégie de la tension ou la poli- tique du pire, pour mieux dissimiler son état réel. L’UMP s’est dérobée à tout travail politique de fond depuis près de 30 mois.

Sa réflexion n’a pas évolué d’un pouce depuis la campagne présidentielle perdue de Nicolas Sar- kozy.

Plus grave encore, le parti qui se dit de la droite républicaine n’a pas tranché quant à sa stratégie vis-à-vis du FN et de l’extrême droite, dont les idées conduiraient à l’isolement, à l’économie de pénurie, et à la « haine de l’autre ». L’UMP reste dans un « ni-ni » électoral et stratégique, cher à Jean-Fran- çois Copé, qui a conduit l’extrème droite, en tête des suffrages exprimés, lors des dernières élec- tions européennes. Ses réflexes demeurent ceux de la campagne orientée et encadrée par Patrick Buisson. Ceux-ci privilégient la notion d’identité à celle d’égalité, le repli sectaire à la volonté d’émancipation. M.B.

DÉCRYPTAGE & DÉBATS

De Marine Le Pen à Nicolas Sarkozy, en pas- sant par la gauche radicale, tout le monde s’empare de la figure de Jaurès. Comment in- terprétez-vous ce phénomène ?

Ceci tient à la personne de Jean Jaurès, qui compte parmi les très grandes figures de notre histoire politique, et à son mes- sage, qui reste d’actualité. Cela vaut pour son idéal, à un moment où le niveau des inégalités est celui, précisément, qu’il com- battait à son époque. C’est ce Jaurès « veillé par la justice » qu’évoque André Malraux dans son discours, à l’occasion du transfert des cendres de Jean Moulin, au Panthéon (1). C’est encore lui auquel

Gilles Finchelstein

est directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, depuis 2000. Ancien élève de Sciences Po et titulaire d’une maîtrise de Droit social, il a été conseiller de plusieurs ministres.

En 2009, il a publié Le monde d’après, une crise sans précédent, aux éditions Plon, en collaboration avec Matthieu Pigasse. L’ouvrage a été récompensé par le Prix du meilleur livre économique décerné par La Tribune et HE C, ainsi que par le Prix de l’Essai de L’Express. Il est également l’auteur de La dictature de l’urgence (Fayard, 2011), dont une nouvelle édition est prévue chez Pluriel, en collection de poche.

François Mitterrand rend hommage, le jour de son investiture, en allant déposer une rose sur sa tombe. La méthode jauressienne nous parle éga- lement. Elle est même d’une étonnante actualité, avec cette idée que c’est pas après pas, réforme après réforme, que l’on améliore le sort de ceux pour lesquels on se bat. Enfin, on peut citer ses vertus éthiques : le courage d’affronter les puis- sants, parfois même dans ses propres rangs, et, surtout, la vertu de s’adresser à l’intelligence des citoyens, qui peuvent être moins éduqués que nous-mêmes. C’est ce mélange d’idéal, de méthode et

de vertus qui fait que Jaurès parle encore à l’ensemble de la société, cent ans après sa disparition.

N’est-il pas surprenant de voir la droite remettre la figure de Jaurès à la mode, sur fond de patriotisme dévoyé ?

Patriotisme, laïcité, discours sur l’entre- prise… Tout cela est instrumentalisé et parfois même dévoyé par l’opposition. On ne peut qu’éprouver de la satisfaction de voir Jaurès, qui a été combattu avec violence, voire même ignoré par la droite, tout au long de son existence, et au-delà, intégrer le Panthéon national. Pour la gauche, c’est un motif de contentement. Toutefois, dès lors que l’instrumentali- sation devient grossière, ce sentiment peut virer à la colère. C’est d’ailleurs pen-

faut-il en déduire ?

La construction européenne ne peut, en aucun cas, se résumer à un projet et, moins encore, à des critères purement économiques. L’Union européenne doit retrouver une ambition qu’elle a peu à peu perdue. Pour dire les choses autre- ment, c’est la première fois, dans l’histoire, que le débat ne concerne pas un projet d’élargissement, d’approfondissement et d’expansion de l’Europe. Ce qui est en cause, c’est la solidité même de ses fon- dations. Ce trouble profond a saisi l’opi- nion.

La réponse ne peut se limiter au seul respect de critères économiques, même s’il serait totalement illusoire de penser que les seules contraintes européennes justifient l’amélioration de la compétitivité de l’économie française ou la réinstau-

dant la campagne que Nicolas Sar- kozy a fait mine de vivre une his- toire d’amour pas- sionnée, mais fu- gace, avec Jaurès.

Quels enseignements tirez-vous de la sé- quence électorale qui s’est achevée, le 25 mai dernier par les européennes ?

Cette double sé- quence, marquée par les élections municipales et eu- ropéennes, sonne comme un aver- tissement sérieux pour la démocratie, avec, dans les deux cas de figure, un taux d’abstention énorme. Et donc, une mise à distance du personnel politique.

Les partis de gouvernement en subissent les conséquences directes. Ceci est vrai, dans les deux cas, pour le Parti socialiste, et lors des élections européennes, pour l’UMP, qui a révélé alors l’étendue de ses difficultés. J’observe, enfin, qu’aucune force de gauche n’a réussi à tirer son épingle du jeu sur l’ensemble de cette séquence électorale. Tant et si bien qu’elle se situe à un niveau historiquement bas.

Les élections européennes démontrent que l’austérité n’est pas populaire. Que

présidentielle de 2007

ration de l’équilibre de ses comptes publics.

Que vous inspire la montée en puissance des mouvements na- tionaux-populistes, au sein de l’Union eu- ropéenne ?

« Il existe un socle commun entre les différentes forces qui naviguent entre europhobie et euroscepticisme. Elles tiennent toutes un discours hostile aux élites, aux étrangers et aux

La Fondation Jean-Jaurès immigrés,voiremêmeàl’égard apublié,peuavantles

d’ethnieseuropéennes.D’oùleur élections européennes,

difficultéàs’entendreetàse constituer en un groupe homogène.»

une note de Jean-Yves Camus, au titre évoca- teur : « 50 nuances de droites ». Elle illustre par- faitement cette grande variété des droites na- tionales et populistes qui

sévissent aujourd’hui dans l’UE. Dans beaucoup de pays de l’Union, il y a eu une évolution, parfois même une pro- gression spectaculaire des partis qui les incarnent. Ceci est vrai pour la France, avec le Front national, mais aussi outre- Manche, avec l’UKIP, qui est arrivé en tête, ou bien encore en Italie, dans un contexte très différent, il est vrai, via le « Mouvement 5 étoiles » qui a obtenu un résultat très élevé. Ceci se vérifie dans de nombreux autres pays.

Il existe un socle commun entre ces diffé- rentes forces qui naviguent entre euro- phobie et euroscepticisme. Elles tiennent toutes un discours hostile aux élites, aux étrangers et aux immigrés, voire même

à l’égard d’ethnies européennes. D’où leur difficulté à s’entendre et à se constituer en un groupe homogène. Ces différences aidant, il y a fort à parier qu’elles ne pèse- ront pas lourds au sein du Parlement eu- ropéen, même si le message de leurs élec- teurs doit être pris au sérieux.

Les partis de gouvernement n’ont-ils pas négligé les catégories populaires qui vi- vent, aujourd’hui, pour l’essentiel, en proche banlieue et dans les zones périur- baines et rurales ?

Le désamour des milieux populaires avec les forces de gauche n’est ni un phénomène nouveau, ni un problème spécifiquement français. Au Royaume-Uni, l’UKIP s’appuie beaucoup sur ces catégories sociales, ce qui soulève une interrogation plus vaste que la question hexagonale. Dès lors, com- ment le modèle européen, à dominante sociale-démocrate, peut-il tirer son épingle du jeu, à l’heure de la mondialisation ? Il ne faut jamais oublier le contexte dans lequel s’inscrit cette problématique.

Dans un contexte marqué par la remise en cause, par une partie de la droite et de l’UMP, des fondements du pacte républi- cain, quelle est la part de contribution de la Fondation Jean-Jaurès à la rénovation de la pensée progressiste ?

De par la distance qui est la sienne avec le pouvoir politique, la Fondation Jean- Jaurès est un lieu de débat privilégié. Un espace dans lequel des gens qui ne tra- vaillent pas ensemble peuvent échanger et s’exprimer en toute liberté, sans autre enjeu que le débat lui-même.

Nous nous employons à nourrir le débat entre responsables politiques, universi- taires, hauts fonctionnaires, chefs d’en- treprises et syndicalistes, avec une ouver- ture européenne. La Fondation se fixe éga- lement pour ambition d’être un lieu d’ana- lyse des évolutions de la société, ce qui la travaille, les clivages qui la traversent, les nouveaux débats qui émergent, en inté- grant une vision de la société qui ne nous est pas nécessairement agréable. Il est d’autant plus utile de faire cet effort de compréhension quand la gauche est au pouvoir.

Enfin, le Fondation est un lieu de proposi- tion. Ainsi, nous allons organiser, dans les prochaines semaines, un débat autour

du climat et de la conférence de Paris, programmée en 2015, dans une demi- douzaine de pays stratégiques, avec les- quels nous avons des liens privilégiés. Avec l’ambition de formuler des proposi- tions communes, au cours du premier semestre 2015.

Pour faire contrepoids à la « dictature de l’urgence », vous optez pour le temps long que le sarkozysme a malmené. Comment est-il possible, pour la gauche, de donner du sens au temps, en retrouvant l’ambition du futur ?

Ce sentiment que nous éprouvons d’une mutation de notre rapport au temps, Ni- colas Sarkozy en a été la caricature. Mais, c’est une évolution qui le dépasse large- ment. Cette mutation concerne les différents aspects de notre vie personnelle, ainsi que la vie publique. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer la manière dont on légifère et, plus encore, la façon dont nous nous informons pour s’apercevoir que tout cela se fait à un rythme très diffé- rent de celui qui prévalait il y a dix ou vingt ans.

Il serait illusoire de penser qu’il s’agit d’une parenthèse qui est appelée à se re- fermer rapidement ou d’un phénomène contre lequel il est possible de lutter, en ralentissant le cour du temps. Il est donc indispensable de s’y adapter, en augmen- tant notre capacité de réactivité, et en étant en capacité de projeter l’action collective dans l’horizon d’un mandat, voire même d’une décennie. C’est précisément le travail qui vient d’être fait par le commissaire général à la stratégie et à la prospective, Jean Pisani-Ferry, dans son rapport « La France dans dix ans » remis au président de la République, le 25 juin dernier. Il revient au pouvoir politique de se saisir de ce travail et de ce qu’il implique, pour que la société s’en approprie la contenu. C’est sans doute le seul moyen de rétablir la confiance.

Propos recueillis par Bruno Tranchant

Note :

(1) Le 19 décembre 1964, par un jour glacial, les cendres de Jean Moulin sont transférées au Pan- théon, en présence du général de Gaulle. Malraux prononce alors un discours resté gravé dans les mémoires de ceux qui l’entendirent.