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Regards sur la droite N°45

Édito

Les grenouilles demandent-elles un roi ?

Après quelques jours de recul, le « retour » de Nicolas Sarkzoy ne peut être mieux qualifié. Disons, d’abord, que ce n’est pas un retour. Il n’était jamais vraiment parti… Il a été d’emblée guidé, dès mai 2012, par le ressentiment – le refus de sa défaite. Ce n’est, donc, pas le sens du « devoir » qui l’a brusquement poussé à revenir… Selon le « teasing » de ses lieutenants, il avait fait l’inventaire de son quinquennat, réfléchi longuement aux politiques menées… Or, pas un mot sérieux sur son bilan, ses responsabilités en matière de chômage, de déficit, de perte de compétitivité de notre industrie, etc… Les lourds effets du primat donné à la communication politique sont de plus en plus visibles et frappent de suspicion cette parole politique formatée.

Les commentateurs ont souligné, à juste titre, les contradictions du positionnement de l’an- cien président. D’un côté, un discours qui se veut de rassemblement, de tonalité gaullienne, affirmant même que l’opposition entre la droite et la gauche n’a plus de sens ; de l’autre, un propos d’une grande agressivité et, somme toute, violent contre les socialistes et la gauche. Mais, est-ce là une contradiction ? Certes, Nicolas Sarkozy veut s’adresser à plusieurs élec- torats, et il mêle les marqueurs. Mais, cela ne doit pas tromper. Le but clairement suivi, au- jourd’hui, est tout simplement de prendre la présidence de l’UMP, en parlant à la droite et, tout particulièrement, à ces militants de droite radicalisés que sont majoritairement ceux de l’UMP. Le meeting de Lambersart, jeudi dernier, si besoin était, a bien mis les points sur les I. L’intervention de Nicolas Sarkozy est revenue sur tous les fondamentaux de sa cam- pagne de 2012. S’il a rompu avec la personne Buisson – et pour cause… -, il ne l’a pas fait avec la ligue qu’il représente ! Les attaques contre la fonction publique sont toujours un bon critère de la nature d’une volonté politique. Cette fois, il ne s’agit rien de moins que de mettre un terme au statut de la fonction publique ! La suppression de l’aide médicale – qui est un des thèmes de la campagne de 2012 – regarde clairement vers les électeurs du Front natio- nal. Et ainsi de suite…

Le style que tout le monde a noté, avec sa grandiloquence et sa violence, à peine masquées, rejoint ainsi le fond. Il est à craindre qu’il soit efficace dans la conquête de la présidence de l’UMP, appelée à disparaître, sous ce nom, pour faire oublier ses turpitudes, compte tenu de la radicalisation droitière de ces dernières années. Or, une fois la présidence conquise, les rivaux de Nicolas Sarkozy, au premier rang desquels, Alain Juppé et François Fillon, au- ront du souci à se faire, car elle offre bien des moyens d’action – les investitures, par exem- ple… Peut-être regretteront-ils de se réserver pour des élections primaires, dont les règles peuvent évoluer… Bref, une chose est claire, il est inutile de se demander si Nicolas Sarkozy a changé. S’il y a eu changement, il est sans doute en pire. Et nombre de dirigeants UMP le savent et le craignent. Ils se rappellent peut-être la fable de la Fontaine : « Que votre premier fut débonnaire et doux. De celui-ci contentez-vous. De peur d’en rencontrer un pire. » Morale toujours à méditer, à droite et, aussi, à gauche.

Alain BERGOUNIOUX

la Regardssur droiteLe Medef contre la démocratie sociale ?

Dans un rapport dévoilé par la presse, et notam- ment Les Echos du 14 septembre dernier, le MEDEF semble avoir franchi une nouvelle étape dans une logique sociale qui, si elle était adoptée, ne manquerait pas d’aggraver la crise. En tous les cas, les « pistes » retenues dans ce document paraissent donner l’état d’esprit de l’organisation patronale, en cette rentrée. Le MEDEF a d’ailleurs confirmé l’essentiel de ses préconisations lors d’une conférence de presse donnée par Pierre Gat- taz, le 24 septembre. La CGPME semble s’être en partie ralliée aux thèses de l’organisation patro- nale majoritaire.

400 000 emplois et contribué à une dynamique de créations d’emplois de près de 2 millions, en cinq ans. En fait, la proposition du MEDEF vise essentiellement à repousser le seuil « déclencheur » des heures supplémentaires, au-delà de 39 heures. Une telle réforme conduirait à une baisse sensible du pouvoir d’achat des salariés. C’est, à coup sûr, l’objectif premier recherché.

Dans le même ordre d’idée, le patronat suggère, une fois encore, une remise en cause du Smic. C’est une revendication récurrente du CNPF, puis, du MEDEF. Le moins que l’on puisse dire c’est que cette proposition tomberait mal, au moment où

Des propositions dan- gereuses. Le MEDEF évoque de nouveau, presque de manière mécanique, sa volonté de remettre en cause les « 35 heures hebdoma- daires » de travail. Rappelons tout d’abord qu’enFrance, aujourd’hui,lessalariés, exerçant une activité pro- fessionnelle à temps plein, travaillent au moins 38 heures par semaine. Seule la précarité salariale, qui a pro- gressé substantiellement depuis dix ans, a fait chuter le nombre d’heures hebdomadaires tra- vaillées pour des centaines de milliers de salariés concernés par cette fragilisation. Cette tendance est totalement subie par les salariés. Elle se carac- térise par des temps partiels, des travaux saisonniers et intermittents. Elle se manifeste par une chute de leur pouvoir d’achat et un ralentis- sement de l’évolution de la masse salariale globale.

Remettre en cause la durée légale du travail abou- tirait, en premier lieu, à une désorganisation générale de celui-ci, dans les entreprises. Les mil- liers d’accords trouvés, dans les branches et les entreprises, à la fin des années 90 voleraient en éclat. Il y a, à l’évidence, mieux à faire actuelle- ment. Une telle démarche risquerait également d’accentuer le niveau du chômage tout en géné- rant, à terme, une perte de productivité. N’oublions jamais qu’en 1998 l’adoption des 35 heures a suscité la création ou la sauvegarde de

européenne se situe au bord de la déflation. Il ne saurait être question de s’attaquer aux plus modestes, qui seraient naturellement les pre- mières victimes d’une telle mesure. Pour des raisons sociales, mais aussi économiques, puisque des centaines demilliersdeménages seraient ainsi touchés dans leur capacité à consommer et à investir. Il est vrai que cette pro-

position s’articule dans l’esprit du MEDEF, avec une nouvelle tentative de dénonciation du CDI comme norme sociale salariée. Là encore, une telle solution constituerait un nouvel obstacle à la confiance, et donc, à la bonne marche de l’écono- mie. Les salariés pour consommer, pour investir, pour se projeter dans l’avenir, parfois pour fonder un foyer, ont besoin d’une stabilité professionnelle et d’une lisibilité sociale. La généralisation du contrat d’objectif ou de projet envisagée par l’or- ganisation patronale vise, finalement, à détacher le salarié de son aspiration éventuelle à participer à l’aventure même de l’entreprise. En fait, le MEDEF souhaite non seulement un “salarié jeta- ble”, mais aussi un salarié se désintéressant de la marche de l’entreprise. Contrairement au patronat allemand, il récuse toute forme d’évolution vers la co-décision.

Pour faire bonne mesure, le MEDEF évoque éga- lement d’éventuelles suppressions de jours fériés. Semblent visés, en particulier, les jours fériés du mois de mai, à l’exception du 1er. Cette piste n’est

Remettre en cause la durée légale du travail aboutirait, en premier lieu, à une désorganisation générale de celui-ci, dans les entreprises. Les milliers d’accords trouvés, dans les branches et les entreprises,àlafindesannées90 voleraient en éclat.

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l’économie française et

pas à la hauteur des enjeux et relève plutôt du bri- colage. Elle contredirait, par ailleurs, l’effort développé par le gouvernement pour conforter l’économie hôtelière et touristique dans notre pays.

En fait, le Président du MEDEF a justifié cette série de pistes dans une interview sans ambigüité, le mardi 16 septembre, dans Le Parisien. Pierre Gat- taz considère que le modèle social français est désormais dépassé. Rarement l’organisation patronale ne s’était montrée aussi claire sur ses intentions.

Le progrès social pour donner l’élan. Nous sommes, naturellement,

quante dernières années. Ces salariés doivent être plus que jamais consultés, associés, y compris aux choix essentiels de l’entreprise. La question qui se pose, aujourd’hui, est celle d’une marche éventuelle vers la codécision sur les décisions éco- nomiques et stratégiques. Pour des raisons de synergie, de compétence, de transparence, de confiance, de respect aussi, entre partenaires et acteurs sociaux.

Le patronat doit aussi évoluer. L’attitude récente du MEDEF montre que le patronat n’a pas réelle- ment saisi cette réalité. Il reste prisonnier de conceptions dignes du début du XXéme siècle. Il

en désaccord total avec une telle analyse, un tel présupposé.Desréformes sont évidemment néces- saires pour faire face à la crise et redresser l’ap- pareil productif français, particulièrement mal- mené depuis 2002 par l’inertie des forces écono- miques installées. Mais, la réforme ne peut être com- prise que si elle vise aussi à conforter et à rénover le modèle social français, et à mieux reconnaître la place et le rôle du monde du travail. C’est impératif, car la crise sociale, considérablement aggravée depuis 10 ans, reste l’un des handicaps majeurs du pays. C’est aussi une condition pour la réussite économique globale. Sans cohésion sociale, sans dynamique sociale capable de faire espérer de meilleures conditions de vie, de meilleures pers- pectives aux générations actuelles et futures, il n’y a pas de succès possible. D’autant que l’idée même d’égalité reste au cœur de la devise répu- blicaine et de la passion française.

La réforme au service du progrès social demeure une priorité pour la gauche. Ce progrès suppose la négociation, le sens du compromis social, et donc, le respect du rôle et des vocations des orga- nisations syndicales de salariés. Toute l’histoire politique de la gauche repose sur ce principe, depuis l’instauration des conventions collectives, initiée par le Front Populaire, jusqu’aux « 35 heures » négociées et impulsées par Lionel Jospin, en passant par la création de la Sécurité Sociale ou des Comités d’entreprise, en 1945. Aujourd’hui, plus de 90 % de la population active est salariée. Il s’agit d’ouvriers, d’employés, de techniciens, de cadres, d’ingénieurs. C’est peut-être la principale mutation sociologique de ces cin-

doit pourtant prendre, et vite, ses responsabi- lités. Il doit aussi se réformer. LePactederesponsa- bilité, qui lui est proposé, à travers la Loi de Finance et le projet de loi de finan- cement de la Sécurité Sociale, s’élève à plus de 40 milliards d’eu- ros. A cette somme, s’ajoutent d’ores et déjà, et depuis de longues années, des dizaines de milliards, de cotisations sociales

Récemment encore, la Cour des Comptesarévélé,aprèsuneétude approfondie,quelafraudesociale d’origine patronale s’élevait à près de 25 milliards par an, soit plus du double du montant du déficit du régime général de Sécurité Sociale, toutes branches confondues.

sous forme d’exonérations patronales, de subventions directes et indirectes émanant de la puissance publique et des collecti- vités locales, et de « niches fiscales ». Récemment encore, la Cour des Comptes a révélé, après une étude approfondie, que la fraude sociale d’origine patronale s’élevait à près de 25 milliards par an, soit plus du double du montant du déficit du régime général de Sécurité Sociale, toutes branches confondues. Au lieu de demander toujours plus, c’est-à-dire toujours moins pour les salariés et les assurés sociaux, le patronat doit changer de comporte- ment, y compris dans l’entreprise du XXIème siècle, dans une démocratie avancée comme la France. Il doit dire ce qu’il est prêt à donner et à concéder. Il se doit aussi de rompre avec une attitude auto- ritaire dans l’entreprise, opaque et d’inspiration souvent malthusienne, au plan social. L’heure de la prise de conscience a sonné pour tous les par- tenaires sociaux, et d’abord, pour le patronat. La démocratie sociale est au cœur du redressement productif et économique. A l’heure des grandes mutations en cours, on ne voit pas pourquoi le MEDEF pourrait échapper à la sienne. M.B.

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DÉCRYPTAGE & DÉBATS

De récents sondages prédisent la victoire de Marine Le Pen au premier tour de la prési- dentielle de 2017. Y a-t-il un péril frontiste, en France ?

Ces sondages sont une indication. Il faut, cependant, rester prudent pour des ques- tions de méthodologie. Ils visent un scrutin qui aura lieu dans trois ans et pour lequel l’offre politique n’est pas encore connue. De surcroit, les élections de référence – municipales et européennes – sont diffi- cilement extrapolables sur un scrutin pré- sidentiel. Il apparaît toutefois très plausible que Marine Le Pen figure au second tour de la présidentielle, ce qui constitue un problème majeur pour la gauche. En effet, il ne restera que deux candidats en lice et l’hypothèse selon laquelle le candidat so-

Jean-Yves Camus

est chercheur associé à l’IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques) et directeur de l’Observatoire des radicalités Politiques (ORAP) à la fondation Jean Jaurès. Auteur de nombreux travaux sur l’extrême droite européenne et les mouvements théologico-politiques, il a publié, avec René Monzat, Les droites nationales et radicales en France (PUL, 1992) ; Le Front national, histoire et analyse (O. Laurens, 1996).

Il publiera l’année prochaine, Les Nationaux-populismes en Europe (Le Seuil, 2015).

cialiste n’y sera pas est à prendre au sérieux. Marine Le Pen a une vraie chance de faire bien mieux que son père, en mobilisant beaucoup plus largement les électeurs. De là à imaginer qu’elle sera en capacité de l’emporter en 2017, il est prématuré de l’affirmer. Quand bien même elle y par- viendrait, comment gouvernerait-elle ? Il lui faudrait une majorité gouvernemen- tale. Or, il n’est pas certain du tout qu’elle serait en capacité de gagner, dans la foulée, les législatives.

L’idée selon laquelle elle est en capacité de fi- gurer au second tour de l’élection présiden- tielle vous paraît à ce jour la plus crédible.

Oui. Le Premier ministre ne s’y est d’ailleurs

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pas trompé, en parlant d’une extrême droite aux portes du pouvoir. Il ne s’agit pas d’une manœuvre de diversion dans la bouche de Manuel Valls, mais d’une prise en compte d’une réalité : la côte de popularité de Marine Le Pen est supérieure à celle de son père, l’entreprise de « dé- diabolisation » est, en partie, menée à bien et l’accumulation des difficultés éco- nomiques et sociales, conjuguée aux questionnements sur notre identité, l’Eu- rope et la place de la France dans le concert international, donne une crédibilité à l’hypothèse selon laquelle le plafond de verre auquel le FN était confronté n’existerait plus. On l’a bien vu aux européennes où son résultat – 24,9 % des voix – s’est révélé supérieur à toutes les prévi-

mation les préparant à assumer des res- ponsabilités, en cas de succès. Il y a eu, de ce point de vue, un véritable progrès dans la professionnalisation des cadres du mouvement, même s’il y a encore eu nécessité, pour le siège, de surveiller de très près les sites internet et autres réseaux sociaux où certains ont démontré qu’ils n’ont pas tout à fait assimilé la leçon de la « dédiabolisation ».

Le FN a fait plusieurs choix payants pen- dant cette campagne. Ainsi, est-il parvenu à présenter des candidats qui avaient un enracinement local. Après tout, Robert Ménard n’a fait que revenir à Béziers, dont il était originaire, après avoir fait carrière dans la capitale. David Rachline est né tout près Fréjus. Steeve Briois,

sions des son- dages. Et ce, même si l’on peut objecter qu’il s’agissait d’un scrutin particulier, avec l’application de la proportion- nelle dont il faut rappeler qu’elle ne s’applique pas aux législatives, ce qui réduit ainsi direc- tement les préten- tions du FN à l’As- semblée. Les eu- ropéennes n’en constituent pas moins une réelle percée pour le parti frontiste. De là à imaginer qu’il sera en capacité, à l’avenir, de gagner des régions, voire la magistrature suprême, n’allons pas trop vite. Toutefois, cela semblait de la science-fiction voici dix ans, et ce ne l’est plus tout à fait en 2014. Ni alarmisme, ni incrédulité : tenons-nous en aux chiffres, qui montrent une dynamique et un élec- torat susceptible de s’élargir.

Onze communes sont dirigées désormais par l’extrême droite. Six mois après les élec- tions municipales, la stratégie de normali- sation mise au point par Marine Le Pen, sans outrances ni coups d’éclat, tient-elle toujours ?

Avant les élections municipales, le FN s’était fixé pour objectif de former ses candidats par le biais de modules de for-

Julien Sanchez, Fabien Engelmann, sont restés dans leur région natale. Ilyadoncdelapartde la direction, une volonté de favoriser l’ascension pas le bas de militants locaux, là où Jean-Marie Le Pen ne la concevait que par le haut. Il consi- dérait d’ailleurs que le FN devait favoriser la présidentielle pour arri- ver au pouvoir, parce qu’il était le seul prési- dentiable du parti. À contrario, le maire (alors FN) d’Orange, Jacques Bompard, avait préco-

nisé la pratique du frontisme municipal, la conquête de positions de pouvoir à l’échelon local. Marine Le Pen a fait sienne cette idée, en favorisant l’enracinement à long terme de ses élus. Elle a raison.

Le choix de la jeunesse s’est lui aussi avéré payant…

Oui. Julien Sanchez (30 ans, Beaucaire), David Rachline (bientôt 27 ans, Fréjus) et Fabien Engelmann (35 ans, Hayange) sont beaucoup moins âgés que la majorité des candidats des partis classiques. Mais, autant que le choix de la jeunesse, la maturité dans la prise de décision compte. Le FN national voulait que l’erreur com- mise en 1995 par les maires frontistes qui avaient dérogé à la loi ne se reproduise pas. À Vitrolles, le couple Mégret avait

« Il y a, de la part de la direction, une volonté de favoriser l’ascension pas le bas de militants locaux, là où Jean- Marie Le Pen ne la concevait que par le haut. Il considérait d’ailleurs que le FN devait favoriser la présidentielle pour arriver au pouvoir, parce qu’il était le seul présidentiable du parti. »

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pris plusieurs décisions que le contrôle de légalité du préfet avait rejetées, au motif qu’elles outrepassaient leurs com- pétences. Ainsi, la préférence nationale ne peut-elle être décrétée par le maire. Aujourd’hui, la consigne de la direction du FN est que les maires s’en tiennent aux prérogatives municipales, en évitant tout effet négatif en termes d’image, les contentieux administratifs, les décisions cassées et tout ce qui a causé la chute de la « maison » Mégret, à Vitrolles, ou de Jean-Marie Le Chevallier, à Toulon. Mais, ce n’est pas parce que le FN le veut que cela se fait sans problèmes.

Quelle est la situation dans les villes dirigées par le FN, six mois après le vote des municipales ?

préparer la recon- quête. L’opposition municipale doit être présente et pointer, en priorité, ce qui affecte quotidiennement la vie des habitants. À commencer par les plus défavorisés d’en- tre eux qui ont pu don- ner leur voix au FN, en pensant que son adversaire UMP ou so- cialiste n’offrait pas de perspectives suffi- santes à la ville.

Le vernis com- mence à craquer dans certaines com- munes. Tant et si bien que derrière le

masque de respectabilité politique, pointe le vrai visage du FN. Ceci est vrai, notamment, à Fréjus, Villers-Cotterêts, Mantes-la-Jolie ou à Hayange où la gestion de la ville s’avère ca- lamiteuse pour la démarche de crédibilisa- tion du FN. Comment interprétez-vous ce phénomène ?

Repeindre une fontaine qui a été com- mandée à un artiste dont le droit de regard sur son œuvre est bafoué, c’est une faute juridique et une preuve d’amateurisme. Ne pas assister à la cérémonie commé- morant l’abolition de l’esclavage – à Vil- lers-Cotterêts -, c’est une faute morale et accessoirement une erreur politique. Comme c’est consternant de voir le maire de Mantes-la-Ville limiter l’accès du public

nêtres, pas plus qu’on ne bat les tapis. Il y a eu également cet office religieux, fin août, qui a braqué les objectifs de la presse sur la cité héraultaise. Gare, toutefois, à ne pas trop en faire et à réagir à l’excès. Ce sont les décisions prises dans le do- maine social, par exemple la fin de la gra- tuité totale des cantines au Pontet, bref, tout ce qui touche les familles les plus dé- favorisées, qui doivent mobiliser l’attention de la gauche. La riposte ne doit pas tant porter sur des mesures symboliques que sur celles qui démontrent le fossé entre la ligne « sociale » du FN et sa pratique de gestion. Cela implique d’éplucher les délibérations des conseils municipaux, d’être présent et actif sur le terrain pour

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Certaines pratiques de gestion ont été épinglées. Le maire du Pontet, Joris Hé- brard, a été obligé d’annuler la hausse de44%desesin- demnités qu’il avait fait voter, celui du Luc a augmenté les siennes et celles de ses adjoints de 15 %. A Fréjus, il est re- proché au maire de faire travailler, no- tamment dans l’évé- nementiel, des so- ciétés dirigées par des militants natio- nalistes. Mais, dès lors qu’il n’y a pas d’entorse au Code des marchés publics, il n’est pas interdit de contracter sur la base de préférences po- litiques avérées. De plus, on peut être un bon professionnel et se sentir proche du FN, comme c’est le cas à Fréjus.

À Béziers, les mesures annoncées par le maire, et dont la presse nationale s’est fait l’écho, sont une manière pour Robert Ménard, qui n’est pas parvenu à conquérir la communauté d’agglomération et voit donc sa capacité d’action limitée, de faire parler de lui. Ce qui signifie qu’il s’efforcera, tout au long du mandat, de présenter des options clivantes, afin d’attirer l’attention sur sa gestion locale, comme il s’y emploie déjà. On n’étend plus ainsi le linge aux fe-

« La riposte ne doit pas tant porter sur des mesures symboliques que sur celles qui démontrent le fossé entre la ligne « sociale » du FN et sa pratique de gestion. Cela implique d’éplucher les délibérations des conseils municipaux, d’être présent et actif sur le terrain pour préparer la reconquête . »

aux conseils municipaux. Mais, je le répète, il faut garder à l’esprit que les erreurs de gestion municipale du FN dans le passé, et celles qui vont inévitablement se pro- duire, ne font pas automatiquement per- dre les élus frontistes au scrutin suivant. D’abord, parce qu’au jeu de qui gère mal, le FN peut pointer du doigt la mauvaise gestion de maires de droite, comme de gauche. Ensuite, parce que l’indignation morale qui servait de moteur à la mobi- lisation anti-FN des années 90 s’est fra- cassée à cause de la

l’ai déjà dit, certains choix opérés locale- ment – à Hayange, notamment -, sont déjà critiqués en interne. Plusieurs conseil- lers municipaux frontistes ont déjà pris leurs distances avec Fabien Engelmann. La même chose s’est produite au Pontet. Le sens du collectif a du mal à s’établir au FN, mais il peut répliquer que l’auto- cratie municipale existe ailleurs que chez lui ! Ne misons pas sur l’effondrement des municipalités FN par les départs et scissions. Ni sur l’échec de maires

désespérance écono- mique et sociale.

Les élus frontistes réfu- tent l’idée de « labora- toires » pour qualifier leur mode de gestion locale. Concrètement, comment lesmunicipalitésFNsont- elles gérées ?

« Une ville ne peut pas être le laboratoire d’une politique nationale, c’est juridiquement impossible et le FN l’a compris. Le principal levier d’action pour unmaireFN,c’estdejustifierdes choix budgétaires politiquement motivés – et touchant certains quartiers plus que d’autres – en arguant du contexte d’austérité financière. »

incompétents : l’équipe d’Hénin- Beaumont semble solide, David Rach- line a une chance d’entrer au Sénat.

L’objectif de Ma- rine Le Pen n’est- il pas, au fond, de former des cadres en prévi- sions des pro- chaines échéances électo- rales ?

Oui. Elle entend faire émerger de jeunes personnali-

On en revient à ce que j’énonçais plus haut : une ville ne peut pas être le laboratoire d’une politique nationale, c’est juridiquement impos- sible et le FN l’a compris. Le principal levier d’ac- tion pour un maire FN, c’est de justifier des choix budgétaires politiquement mo- tivés – et touchant certains quartiers plus que d’autres – en arguant du contexte d’austérité financière. Il faut aussi admettre que personne au siège du FN, ne prend de décision au quotidien à la place du maire et du directeur général des services, dans le domaine administratif. Chaque maire frontiste (ou RBM) a sa personnalité, son parcours militant. De plus, un enjeu majeur pour les mairies frontistes est de réussir à trouver des cadres territoriaux compétents et qui acceptent de venir dans une mairie FN ou d’y rester. Car Marine Le Pen a beau dire, à Fréjus, le 7 septembre, lors de l’université d’été du FNJ, que « les experts, c’est le peuple », élaborer un PLU ou un budget, diriger un CAS, cela ne s’improvise pas. Si les postes de cabinets d’élus sont par nature destinés à des gens combinant militan- tisme et compétence, le FN va devoir se construire un vivier de fonctionnaires sympathisants, et ce n’est pas gagné. Je

tés, ce qui pose un problème à la gauche comme à la droite, dans la mesure où le parcours militant, au FN, peut être très rapide, comme dans tous les partis émer- gents qui ont un appareil comparative- ment léger et une assise locale encore incomplète. Un parti qui n’a connu que l’opposition au plan national ne voit pas ses cadres locaux happés par l’exercice du pouvoir. Le processus d’investiture au FN dépend d’en haut, pas du vote de la base : cela peut faire des carrières rapides et la compétition interne pour la dési- gnation met aux prises moins d’indivi- dualités qu’à l’UMP ou au PS.

Une nouvelle génération de cadres fron- tistes émerge peu à peu. Elle est en rupture avec l’idéologie libérale-libertaire propre à la génération précédente, elle réfute les valeurs « permissives » issues de Mai 68, le multiculturalisme et les grandes réformes sociétales mises en œuvre de- puis le début du quinquennat, voire même avant. Le tout, dans le cadre d’une modernisation du discours et de l’image

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qui implique de dépasser les outrances de Jean-Marie Le Pen sans renier les fon- damentaux idéologiques : ces jeunes tren- tenaires ont une colonne vertébrale doc- trinale qui leur permet de ne pas faire ex- ploser tous les codes du « politiquement correct » sans que cela signifie, pour autant, qu’ils sont moins radicaux que leurs aînés. Disons plutôt qu’ils appliquent à la lettre les principes édictés par Marine Le Pen, depuis qu’elle a hérité de la présidence du FN, en janvier

ment devenir une force de transformation sociale dans laquelle puissent se recon- naître des couches populaires au statut social et professionnel précaire et au capital culturel inexistant, pour ne rien dire de ceux qui ne votent plus ». Tout est dit : le FN a vocation à fédérer les exclus du sys- tème, ceux qui se sentent étrangers au jeu politique et qui se voient comme « le peuple » dépossédé par la « Nouvelle Classe » aux allures de caste. Marine Le

Pen l’a parfaitement saisi, expliquant que le clivage majeur dans la société française oppose les ex- perts, les « sachants » qui tirent parfaitement leur épingle du jeu de la mondialisation libérale et dont les revenus ne cessent de croître, et les perdants, dont le pouvoir d’achat est en chute libre. Force est de constater que son discours gagne en crédibilité.

Cette opposition ne se traduit-elle pas géo- graphiquement par des différences mar-

quées entre urbains, périurbains et ruraux ?

Aux élections européennes on a constaté que la carte du vote FN restait plus forte à l’est d’une ligne Cherbourg-Valence-Per- pignan et, nouveauté, que le FN arrivait à un niveau équivalent dans la vallée de la Garonne. Dans cette moitié de la France où le FN est traditionnellement puissant, le vote des villes est inférieur à celui de la périphérie et des zones rurales, y compris certaines – Nièvre, Cher, Midi-Pyrénées – ayant une tradition de vote à gauche. Tou- tefois, il ne faut pas se méprendre, il s’agit de zones rurales qui ne sont plus des zones paysannes : les habitants sont en majorité des ouvriers et des employés su- bissant, en plus du chômage, l’enclavement des territoires et la désertification des ser- vices publics. Les européennes n’ont pas révolutionné la carte du vote FN : elles ont juste prouvé qu’existait une hausse géné- rale de ce dernier. Les terres de mission sont désormais peu nombreuses : la Bre- tagne et les Pays de Loire ; les Pyrénées et

« Une nouvelle génération de cadres frontistes émerge peu à peu. Elle est en rupture avec l’idéologie libérale-libertaire propre à la génération précédente, elle réfute les valeurs « permissives » issues de Mai 68, le multiculturalisme et les grandes réformes sociétales mises en œuvre depuis le début du quinquennat, voire même avant. »

2011 : transgres- ser le « politique- ment correct », tout en éliminant les aspérités qui ont fait de ce mouvement un parti-paria. Chose d’autant plus ai- sée qu’un certain nombre de sujets que Jean-Marie Le Pen pensait être clivants dans la société française ne le sont plus. Marine Le Pen sait qu’il est inutile d’évoquer les vieilles rengaines sur l’occupation alle- mande ou de citer Robert Brasillach pour gagner des voix : ces sujets n’intéressent absolument pas l’électorat frontiste. Il suffit au FN de mettre en avant les chiffres du chômage, la baisse du pouvoir d’achat, les délocalisations et les effets dévastateurs de la mondialisation libérale pour récupérer un électorat populaire déboussolé. Le cli- vage politique qui se dessine aujourd’hui n’est plus celui de la gauche contre la droite, mais de la France d’en bas, qui constitue le socle de l’électorat frontiste, contre la France d’en haut. En observateur, Alain de Benoist estimait en 2007, que « l’avenir du FN dépendra de sa capacité à comprendre que son “électorat naturel” n’est pas le peuple de droite, mais le peuple d’en bas. L’alternative à laquelle il se trouve confronté de manière aiguë est simple : vouloir incarner la “droite de la droite” ou se radicaliser dans la défense des couches populaires pour représenter le peuple de France (…) Il reste au FN à apprendre com-

le Pays Basque ; la région Limousin et une partie de l’Auvergne.

Les candidats FN ont fait campagne sur la baisse de la fiscalité. Un thème naturelle- ment attractif. Qu’en est-il, au juste ?

Faut-il rappeler que Jean-Marie Le Pen était partisan de l’abolition de l’impôt sur le revenu ? Il se montrait également favo- rable à une baisse de toutes ces taxes qui frappent indistinctement les artisans, les commerçants, les PME-PMI. Cette demande de libération de la fiscalité et du « trop d’État » subsiste dans une partie de l’élec- torat frontiste, notamment celui du quart sud-est du pays, composée pour l’essentiel, d’artisans et de commerçants, de patrons de PME ou de cadres.

Parallèlement le FN exprime une demande d’État et de redistribution qui émane des couches populaires, à commencer par les ouvriers et les employés. Ces frontistes-là ne sont pas hostiles à la fiscalité, bien au contraire. Ils voient certes d’un mauvais œil le fait d’être imposables à l’IRPP, alors qu’ils ne l’étaient pas auparavant, mais n’ont aucun tabou sur le principe d’une fiscalité progressive qui toucherait les « gros » revenus, ainsi que ceux de la rente et du capital. L’époque du Front national « tout libéral » est révolue. L’électorat FN du grand Nord-Ouest et de l’Est est celui de la France d’en bas. Ce sont les ouvriers, employés et chômeurs constituant cette « France des oubliés » que Marine Le Pen va rencontrer chaque année à Brachay (Haute-Marne). La justice et l’exemplarité fiscales, le retour de l’État dans l’économie et les services publics, le protectionnisme économique et la réindustrialisation leur parlent, notamment à ceux, nombreux, qui sont issus des rangs de la gauche.

Justement, comment expliquer que ces po- pulations composées d’anciens syndica- listes, voire même, dans certains cas, d’ex-militants socialistes ou du Front de gauche, adhèrent aux idées frontistes, sur fond de rejet de l’autre et de xénophobie ?

La composante nationaliste dans le pro- gramme frontiste est très présente, à travers le volet immigration et la priorité nationale. Il faut aussi prendre en compte l’inquiétude des milieux populaires qui ont déjà perdu leurs repères dans le monde du travail, face à la mondialisation. L’in-

sécurité culturelle, cela existe. L’avènement de la société multiculturelle, cela ne se fait pas sans soubresauts encore accentués, pour ce qui concerne la question de l’islam, par une actualité qui ne tient pas que du fantasme. D’autre part, les électeurs s’in- terrogent sur l’Europe. Ils savent que les décisions qui affectent la France ne sont plus prises à Paris. Ils subissent, de ce point de vue, un trouble identitaire, parce que l’Europe est jugée lointaine, désin- carnée, sans contenu culturel. Ils perçoivent l’immigré comme un concurrent direct sur le marché du travail, voire un prédateur qui siphonne à leurs dépens ce qui reste de l’Etat social. Mais leur employeur aussi est devenu très lointain : ce peut être un fonds d’investissement, une société étran- gère qui représente alors cette « finance » et ce « mondialisme » que le FN abhorre. Il y a donc un véritable brouillage des re- pères identitaires qui peut aboutir à la guerre de chacun contre tous, l’ethnocen- trisme rejoignant la frustration sociale.

NOTE DE VEILLE ET RIPOSTE SUR LA SITUATION DE LA DROITE ET DE L’EXTRÊME-DROITE 9

Selon une récente étude de l’Ifop réalisée pour le site Atlantico, le vote FN a fortement progressé chez les électeurs se déclarant de confession juive, dans des villes où la pré- sence de la communauté est importante. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Cette enquête montre quelque chose de plus fondamental, à mes yeux : le poids extrêmement faible du « vote juif » dans l’électorat, en général. Très exactement, 260 000 électeurs sur 43 millions. On est donc très, très loin du vote fantasmé qui pourrait faire basculer un scrutin, d’autant que ce vote est pluriel. S’il existe bien un fort accroissement du vote frontiste dans l’échantillon d’électeurs étudié par l’Ifop (13,5 % en 2012 contre 4,3 % en 2007), ce vote n’en demeure pas moins bien en- dessous de la moyenne nationale. Il semble s’être constitué à la suite du décrochage très rapide d’une partie des électeurs juifs par rapport à Nicolas Sarkozy qui avait obtenu 45,7 % de leurs voix au 1er tour de 2007. C’est un vote d’inquiétude très forte provenant de la hausse des actes antisé- mites. De ce point de vue, il existe un avant-Merah et un après. Et il se pourrait bien qu’il existe un avant été 2014 et un après.

Ceci étant, je note qu’à Sarcelles, Créteil et dans le dix-neuvième arrondissement de Paris, seuls endroits ou presque où le vote

des juifs peut modifier l’issue d’une élection, la gauche a gagné les municipales et le FN ne progresse pas. Il faut se débarrasser de l’idée selon laquelle il existerait un vote juif. L’étude évoque « des votes juifs », heureusement.

Ce vote n’en demeure pas moins inquié- tant…

Oui, mais pourquoi serait-il plus inquiétant que le vote FN, en général ? La vraie ques- tion reste que la gauche a décroché chez les électeurs juifs, même s’il faudrait faire la part, dans le glissement à droite, de la variable « mobilité sociale ». Cette pro- gression n’est, par ailleurs, pas tant celle du FN que de Marine Le Pen, elle atteste sa dédiabolisation. La question est de sa- voir si ce vote est appelé ou non à se pé- renniser ou s’il est le fruit d’un transfert de l’électorat déçu par Nicolas Sarkozy sur le FN. En tout cas, dans leur immense majorité, les électeurs juifs votent pour des formations susceptibles d’exercer le pouvoir. Ne serait-ce que parce qu’ils ont besoin d’une action efficace de l’État contre les atteintes à la personne, motivées par l’antisémitisme et qui connaissent une hausse préoccupante.

Propos recueillis par Bruno Tranchant

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NOTE DE VEILLE ET RIPOSTE SUR LA SITUATION DE LA DROITE ET DE L’EXTRÊME-DROITE

Le FN à l’épreuve du pouvoir

Rassurer pour engranger. Au Front national, la formation des cadres est le socle de la conquête du pouvoir mise au point, depuis 2011, par Marine Le Pen, qui entend ainsi faire prospérer sa petite entreprise. Histoire de constituer un appareil expérimenté et de créer un substrat intellectuel, censé montrer au grand jour sa capacité à gouverner.

Les municipales ont constitué, de ce point de vue, la première étape de cet axe de développe- ment. Le mouvement « s’inscrit dans la triple stratégie dédiabolisation-professionnalisation- normalisation inhérente à l’émergence et à la mise en avant d’un « nouveau » FN et de visages jusqu’alors méconnus, étrangers au paysage de l’extrême droite », résume Valérie Igounet, chercheuse associée à l’Institut d’his- toire du temps présent (CNRS) (1). L’implantation locale

désormais chose faite dans onze collectivités où les édiles ne tarderont pas à être jugés sur leur capacité de gestion. Ce, d’autant plus que le FN n’a pas encore atteint le statut de parti de gouvernement.

Mais, il y a loin de la coupe aux lèvres. Et l’épreuve de la réalité et du pouvoir local fait apparaître quelques fissures dans ce bel édifice, comme à Hayange, en Moselle, où le parti se déchire. En cause, les révélations de la première adjointe sur les irrégularités financières de la campagne de mars dernier. Le maire, Fabien Engelmann, conseiller politique au « dialogue social » de Marine Le Pen, accumule bourdes et mesures autoritaires, après s’être livré à quelques arrangements financiers douteux qui pourraient bien lui coûter son mandat. Son ex-adjointe, Marie Da Silva, a récemment

Cette phase de normalisation n’est pas sans rappeler la stratégie mise au point par Bruno Mégret, délégué général du parti frontiste de 1989 à 1998, dont la préoccupation majeure était de former les militants, afin d’apporter la preuve de son aptitude à exercer des responsabilités. C’est désormais chose faite dans onzecollectivitésoùlesédilesne tarderont pas à être jugés sur leur capacité de gestion.

et la réussite des futurs dirigeants frontistes sont, de ce point de vue, indis- pensables pour franchir une étape décisive, en prévision des échéances électo- rales de 2017. Ce, en évitant les multi- ples couacs dont ses élus se sont fait une spécialité dans les années 1990. D’où l’émergence de collec- tifs – Racine, Marianne, Audace… -, dont l’ambition est de rompre avec le passé. « La prospection et l’appropriation de nouveaux terrains séman- tiques et politiques assoient le parti de Marine Le Pen sur diverses thématiques et évitent à ses adhérents de s’encarter systématiquement au FN », précise Valérie Igounet (2).

Normalisation à pas forcés. Cette phase de normalisation n’est pas sans rappeler la straté- gie mise au point par Bruno Mégret, délégué général du parti frontiste de 1989 à 1998, dont la préoccupation majeure était de former les militants, afin d’apporter la preuve de son apti- tude à exercer des responsabilités. C’est

communiqué à la Com- mission nationale des comptes de campagne (CNCCFP) des documents à charge, avant de dépo- ser plainte, le 2 septembre, au TGI de Thionville, contre le pre- mier édile, pour « abus de confiance, abus de bien social et harcèlement ». (3) Il y a peu, Médiapart découvrait qu’Engel- mann, qui prône la bonne gestion des deniers publics, se voyait réclamer, par le proprié- taire de son ancienne permanence, quelque 1 700 € d’impayés. La crise ne cesse donc de

s’amplifier, et la contestation gronde, à droite comme à gauche, contre les dérives du maire. Dernier témoignage en date, l’organisation d’une « grande manifestation familiale (pour) renouer avec les traditions lorraines qui ont depuis toujours mis en avant cet animal sym- pathique », la première fête du cochon, le 14 septembre. Jugé islamophobe par ses oppo- sants, ce moment festif se veut amical pour donner « des racines qui font défaut à tant de jeunes ». Et cultiver l’exclusion, en pointant du doigt les immigrés de confession musulmane. Le diable se loge souvent dans les détails..NOTE DE VEILLE ET RIPOSTE SUR LA SITUATION DE LA DROITE ET DE L’EXTRÊME-DROITE 11

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À Béziers, le maire, Robert Ménard, n’a pas tardé à adopter les fondamentaux du Front national. Ainsi, parmi les mesures engagées par l’ex-patron de Reporters sans frontières, le retour des drapeaux national et régional sur le fronton des écoles. Son action s’articule autour de trois axes : ordre, autorité et tradition. Avec, à la clé, une augmentation des effectifs de la police municipale, qui devraient passer de 40 à 80 agents d’ici la fin du mandat, l’instauration d’un couvre-feu entre 23 heures et 6 heures, la réfection des remparts de la ville, l’interdiction, dans le centre-ville, de pendre le linge aux fenê- tres, au terme d’un arrêté municipal, et la chasse aux antennes paraboliques qui fleuris- sent aux balcons des quartiers populaires. (4) Après avoir remercié,

tique très courante dans les mairies FN. Après Fréjus, c’est à Beaucaire, dans le Gard, que le maire s’est livré à du clientélisme avéré, en recourant aux services d’une entreprise dont le dirigeant officie sous pseudonyme, au sein du parti. Médiapart s’en est fait l’écho. D’après un document que le site s’est procuré, la société La Financière des territoires a obtenu, le 23 juin dernier, un contrat de 13 900 €HT pour assurer une prestation d’assistance à la préparation du débat d’orientation budgétaire. Vérification faire, elle n’existe que sous la forme d’une simple boîte aux lettres dans une société de domicilia- tion, rue de Berri, dans le VIIIe arrondissement de Paris. Plus étonnant : elle a été créée, le 21 mars, pendant l’entre-deux-tours des élections

en avril, l’ancien direc- teur de la police municipale, Ménard s’est empressé de cou- per dans les dépenses, comme celles visant à financer la réforme des rythmes scolaires (400 000 €) ou le CCAS, dont le budget est sou- mis à une baisse de 5%.

Après Fréjus, c’est à Beaucaire, dans le Gard, que le maire s’est livré à du clientélisme avéré, en recourant aux services d’une entreprise dont le dirigeant officie sous pseudonyme, au sein du parti.

municipales, à l’initiative de Clément Brieda qui a également passé un contrat avec la ville de Fréjus.

Et, ce n’est pas tout. Début septembre, le maire, Julien Sanchez, suscitait de nombreuses réactions d’indignation, après avoir dénoncé le coût prétendument élevé, pour les contribua- bles, de l’accueil des enfants non-franco-

Copinage… À Fréjus, trois centres sociaux ont vu leurs subventions fondre jusqu’à 67 %, contraignant l’un d’eux à se séparer de trois salariés sur douze, et de renoncer à un projet éducatif. (5) Le 4 septem- bre, le maire, David Rachline, dénonce la convention qui lie le centre social de Villeneuve et la mairie. Ce qui remet en cause son existence même et la mise à disposition des locaux. La date est fixée au 31 décembre prochain. Sur facebook, l’élu frontiste évoque une « hostilité publique et manifeste à l’égard de la nouvelle municipalité », ainsi qu’un « détournement d’ar- gent public du centre socialiste de Villeneuve ». Tant et si bien que dix salariés à temps plein vont se retrouver sur la paille. Sans compter que le centre social apporte animation et accompagnement dans le quartier. C’est aussi un lieu d’échange, de partage et de proximité qui est appelé à disparaître. Pour sa défense, le maire évoque le désendettement de la ville. Manière, sans doute, de justifier la brigade de nuit qu’il vient de mettre sur pied, et l’octroi de marchés publics à des sociétés « amies ». Le copinage reste, de ce point de vue, une pra-

phones dans les écoles municipales. Avant de dénoncer un « traitement de faveur » injustifié et une « répercussion sur le niveau des ensei- gnements »

Dans une tribune publiée le 1er septembre sur son site, il s’inquiète de la présence de « 22 nou- veaux enfants étrangers », « pour la plupart originaires du Maghreb et /ou de nationalité espagnole grâce à l’Europe passoire et laxiste en matière de naturalisations ou de droit du sol ». Ce qui lui vaut d’« alerter le gouvernement et l’opinion publique sur le coût pour les contri- buables et la répercussion sur le niveau des enseignements offerts à nos enfants de l’accueil d’élèves dits allophones – autrefois appelés primo-arrivants – dans les écoles françaises. » Et d’insister sur le coût supposé de « structures spécialement créées pour eux (qui) voient des enseignants – recrutés spécialement et payés par l’Éducation nationale via nos impôts pour l’occasion – s’occuper exclusivement de ces enfants – en écoles élémentaires uniquement – pour leur apprendre le Français. » (6) Ce qui contribue, veut-il croire, à l’abaissement du

« niveau général de nos enfants français parce que figurent dans leurs classes quelques élèves allophones qui nécessitent logiquement une attention particulière de la part des ensei- gnants. »

Au Pontet (cf. encadré), dans le Vaucluse, Joris Hébrard n’a pas tardé à s’illustrer, en s’oc- troyant, sans coup férir, une hausse de 44 % de ses indemnités, aussitôt annulée par la préfec- ture, au motif qu’elle était contraire au Code des collectivités territoriales. Après son élection, en mars, la nouvelle équipe avait voté une délibé- ration augmentant, à partir d’avril, les émoluments du maire et de ses adjoints, en ajoutant à l’indemnité mensuelle de base une majoration calculée à partir de la dotation de solidarité urbaine (DSU) perçue par la ville. Ces hausses allaient de 181 € pour les adjoints à 896,50 € pour le maire, selon la délibération rendue publique par l’AFP (7). Dans la nouvelle délibération votée le 24 juillet, qui invoque une « erreur matérielle commise par l’administra- tion communale », les indemnités du maire et de ses adjoints ont donc été revues à la baisse pour s’établir à un peu plus de 1 000 € pour les adjoints et 2 470,95 pour Joris Hébrard.

À Villers-Cotterêts, dans l’Aisne, le maire, Franck Biffaut n’a pas tardé à s’illustrer, en refusant

d’organiser les célébrations de l’abolition de l’es- clavage dans la commune, dénonçant « une auto-culpabilisation permanente. » Une pre- mière, depuis 2007. Ce n’est pas son seul fait d’arme. Il y a peu, le conseil municipal décidait de porter à 2,50 €, contre 1,50 € auparavant, le prix des repas quotidiens dans les cantines sco- laires, privant ainsi les plus nécessiteux du seul moyen de subsistance dont ils disposent. L’ex- maire socialiste, Jean-Claude Pruski, ne s’y est d’ailleurs pas trompé, en condamnant une mesure discriminatoire qui contrevient aux quotients de la CAF. Au FN, tout change, rien ne change ! B.T.

(1) La formation des cadres, socle de la conquête. Gagner la bataille des idées et de la légitimité sociale, Le Monde, 12 septembre 2014. (2) Ibid.

(3) Hayange : enquête sur cette ville frontiste où le FN implose, Médiapart, 8 septembre 2014. (4) Béziers, ordre, autorité et tradition, Regards, automne 2014, pp. 57-58.

(5) À Fréjus, le maire a fait une croix sur le centre social, Libération, 10 septembre 2014. (6) Beaucaire: le maire FN dénonce le « coût » des élèves non-francophones, Médiapart, 4 septembre 2014.

(7 )Le maire FN du Pontet contraint d’annuler l’augmenta- tion de 44 % de ses indemnités, AFP, 19 août 2014.

Le Pontet au régime sec

Au Pontet, les militants socialistes sont sonnés. Pas d’élus du groupe au conseil municipal dans une ville de droite conquise de haute lutte par le FN, en mars dernier. Pas d’esclandre, non plus, à l’occasion du débat budgétaire qui a suivi l’élection. « Ce n’est qu’après coup, que le maire a coupé les vivres d’une association de quartier pourtant très appréciée des habitants, confie Rachid El Ghalmi, tête de liste divers gauche lors de l’élection. Rien ne laissait paraître une pareille décision, renchérit-il. Depuis lors, Joris Hébrard et son équipe se livrent à d’incessantes coupes sombres qui portent directement atteinte aux organisations à caractère culturel et social. »

Pis, l’exécutif s’en est pris à la gratuité de la cantine scolaire, tandis que le premier édile et ses adjoints recouraient aux services d’un cabinet prétendument indépendant, mais proche du maire d’Orange, Jacques Bompart, pour procéder à un audit des comptes municipaux et justifier ainsi les décisions drastiques qui ont suivi. Le tout, en présence du personnel communal convoqué manu militari pour s’entendre signifier les contours de la nouvelle organisation, concoctée sous le sceau du secret. Chassez le naturel… B.T.

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POINT DE VUE

Six mois après les élections municipales, quel est l’état des lieux dans les municipali- tés gérées par le FN ?

J’ai participé à la mise en place du comité national de vigilance dans les quatorze villes administrées par le FN et l’extrême droite. Ce qui apparaît très clairement, c’est qu’une stratégie nationale se décline localement. Ces villes ne sont pas auto- nomes, mais comptent parmi les élé- ments-clés du plan mis au point par Marine Le Pen, en prévision de l’élection présidentielle de 2017. Des liaisons existent, mais les décisions ne s’opèrent pas loca- lement. Celles-ci revêtent principalement un caractère idéologique, comme à Fréjus, où la présidente du FN a demandé au maire, David Rachline, de cesser, toute séance tenante, de se référer au projet de mosquée, avant de se rétracter de lui don- ner son feu vert. À Cogolin ou au Luc, les élus frontistes prennent leurs ordres de David Rachline qui, lui-même, les reçoit

Elsa Di Meo

Secrétaire nationale chargée des Sports, de la vie associative et de l’éducation populaire, candidate (PS) aux élections municipales de mars dernier, à Fréjus.

de Marine Le Pen pour prendre ensuite les décisions qui s’imposent. D’où la fer- meture, au Luc, d’une épicerie solidaire sur injonction du siège, ou l’augmentation substantielle des indemnités du maire, sur décision du conseil municipal.

Une différence apparaît donc très claire- ment entre les éléments de communica- tion, distillés par le parti, qui visent à dé- montrer que le Front national a changé fondamentalement, et la réalité telle qu’elle transparaît à l’échelle des territoires. À Fréjus, la disparition d’un centre social démontre la volonté de l’exécutif de mettre un terme aux politiques de solidarité et de proximité. Tout cela est parfaitement intégré en terme de timing.

Existe-t-il des marqueurs qui distinguent la gestion des municipalités frontistes des au- tres villes ?

Oui. La question du lieu de culte, qui n’a pourtant rien de local, a surgi ainsi ré-

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cemment au cœur des débats. À Marseille, une directive impose aux agents munici- paux de s’adresser systématiquement, en langue française, à leurs administrés. Au Pontet, à Fréjus ou bien encore à Cogolin, on ne compte plus ces auteurs monar- chistes qui font l’objet de citations dans les discours d’investiture.

D’autres mesures revêtent un caractère administratif, comme à Hénin-Beaumont, où la Ligue des droits de l’homme, la LDH, a été exclue de son local, avant que la municipalité ne lui réclame des arriérés, en règlement de ses loyers. À Beaucaire, les relations entre la mairie et le tissu as- sociatif se sont tendues autour de la volonté du maire et de son équipe de substituer le drapeau français aux armoi- ries de la ville. Ce qui revient clairement à fondre l’identité locale et régionale dans un discours xénophobe et nationaliste. Les élus frontistes éprouvent le besoin d’envoyer des si-

bien dans la supercherie et le mensonge, d’une part, et la volonté de maintenir et d’entretenir la stigmatisation d’une partie de la population, à commencer par les pauvres et les Maghrébins. Les élus fron- tistes se retrouvent, cependant, dans l’in- capacité de mettre en œuvre leurs recettes de campagne annoncées pourtant comme une véritable révolution territoriale. Ils se réfugient d’ailleurs derrière la loi et les élections présidentielle et législatives, seules à même de leur donner une majo- rité, pour justifier leur impuissance.

Prenons le cas de Fréjus que vous connaissez particulièrement bien pour vous être portée candidate à l’élection municipale, en mars dernier. Dans quelle atmosphère le débat budgétaire s’est-il déroulé ?

De manière folklorique. Les élus étaient dans l’impréparation totale ! Ils ont recouru à une société, montée de toute pièce, deux

gnaux forts à leur électorat. D’où leur attirance pour les mesures extrêmes, parfaitement identi- fiées sur l’échiquier politique.

Cette volonté d’exclu- sion se traduit-elle par des départs anticipés au sein de l’administration territoriale ?

Les élus frontistes se retrouvent dans l’incapacité de mettre en œuvre leurs recettes de campagne annoncées pourtant comme une véritable révolution territoriale. Ils se réfugient d’ailleurs derrière la loi et les élections présidentielle et législatives, seules à même de leur donner une majorité, pour justifier leur impuissance.

jours après l’élection municipale, et créée par un ami de David Rachline, pour procé- der à un audit finan- cier. Inutile de préciser que celui-ci n’a jamais été réalisé, et qu’il s’est soldé par une simple politique d’accompa- gnement à la mise en œuvre du budget. Au- tant dire que la ma- jorité municipale s’est employée à masquer ses choix politiques justifiés par de pré- tendues expertises qui n’ont jamais existé.

Les postes politiques sont entre les mains de l’appareil, qu’il s’agisse de Béziers où les ex-militants du GUD sont omniprésents, ou de Fréjus où les jeunesses frontistes tiennent la corde et où les prestataires de services sont d’anciens identitaires, pour la plupart. Ils travaillent d’ailleurs également avec la mairie du Luc. Les élus ont donc la volonté d’entretenir un certain clientélisme. Concrètement, ce sont surtout les vacataires qui subissent les aléas de cette politique, dans la mesure où leurs contrats n’ont pas été renouvelés. La situation est diffé- rente pour les personnels administratifs, réglementairement protégés, et donc, diffi- cilement contournables.

Pour le reste, la discussion budgétaire s’est soldée par des coupes drastiques, avec, à la clé, la suppression des fonds al- loués au club de prévention local, pourtant reconnu d’utilité publique, et une baisse de subventions supérieure à 50 ou 60 % pour les centres sociaux qui agissent au quotidien dans les quartiers de la ville. Les clubs sportifs ont subi, pour leur part, une véritable purge. Seul, le club de foot a échappé au marasme ambiant quand d’autres ont vu leurs subventions diminuer de35%!Cequiesténormeenterme d’impact. Les sections de basket et de tennis de table ont ainsi été contraintes

Ces expériences démontrent que l’on est

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de déposer le bilan, tandis que d’autres ont vu leur budget exploser, clientélisme oblige. Globalement, c’est tout le secteur social qui est touché.

Comment la riposte s’organise-t-elle ?

La droite est divisée et la gauche absente des débats. Ce sont donc les socialistes qui mènent la bataille de l’extérieur. Nous sommes entrés en résistance, face à un FN qui s’efforce de découper tout ce qui dépasse. Concrètement, nous recourons à deux stratégies pour parvenir à nos fins : le combat citoyen, en nous appuyant sur des personnalités qui ne sont pas néces- sairement issues du monde politique. Au soir du second tour de l’élection, j’ai appelé ainsi à la création d’un forum républicain qui mène la lutte avec âpreté. Le combat

politique, ensuite, sous l’égide de la section socialiste, en partenariat avec l’ensemble de la gauche et, plus particulièrement EELV, dans la mesure où nous ne pouvons nous payer le luxe d’être divisés. La bataille est culturelle et idéologique, face à un FN qui a fait de Fréjus son laboratoire. Au-delà, transparaît une solidarité de notre famille politique, au sein des villes dirigées par le FN, dont la droite s’exclut d’emblée, compte tenu des ambiguïtés dont elle a du mal à se départir. Pour l’heure, nous ne pouvons compter que sur nos seules forces, même si nous nous efforçons de mener des actions différenciées sur des champs complémentaires.

Propos recueillis par B.T.

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